Regard sur une aventure - 2ème partie

Publié le par Julien

Des alternatives croissantes

 

Du Brésil à l’Equateur, les rencontres de projets que l’on nomme alternatif, que j’aime à appeler projet de vie, furent nombreux. Je n’ai pu tous les visiter mais je comprends ici que la mobilisation existe, que l’initiative et la conscientisation sont croissantes.

Pourquoi alternatif ? En opposition à un modèle dominant (qui laisserait déduire qu’il y a des dominés…) Des projets et des actions qui tentent de redonner une autre dimension aux liens entretenus entre les Hommes, souvent mis en place autour de projet de vie et idéologique. Que se soit en Amérique du Sud ou en France, de nombreuses initiatives fleurissent, se multiplient, dont la base est l’agriculture écologique, appelée permaculture, agriculture biologique, biodynamie… Une protection et la maintien d’une biodiversité, la place du paysan comme acteur social et culturel des campagnes, la conscientisation du rôle de chacun pour la protection environnementale, des relations plus équitables entre les peuples… Autant de thèmes important pour ces acteurs, comme la relocalisation de l’économie.

On peut retrouver régulièrement au sein de ces mouvements, la revendication indigène pour la réappropriation des cultures ancestrales et de modèles sociétales qui leur sont propres (aux indigènes) Exploités, en certaines zones exterminés, ils ont pourtant su conserver leurs coutumes et leurs traditions face au colonialisme. Aujourd’hui ils font face à un nouveau modèle colonialisme, le capitalisme libéral et le développement occidental.

 

Une confrontation réelle existe entre ces modèles et principes parfois opposés, entre celui d’un « Vivre Bien » indigène, en bon rapport avec un leur environnement naturel et le « Vivre Mieux » matérialisé  du Vieux Monde. Mais ici et là de nouvelles générations émergent, se questionnent sur le modèle dominant apporté par leurs aînés, remettant en cause les relations de supériorité établit et des perspectives que l'on veut leur imposer. Une (r)évolution nécessaire est en marche dont le temps sera le facteur et le moteur principal.

 

 

Une conférence comme point d’honneur

 

La fin de ce voyage aura été marquée par l’organisation de la 1ère Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère.

Une conférence forte de sens. Organisée et impulsée par un président du Sud, en opposition aux nons-accords réalisés à Copenhague fin 2009. Forte de sens car elle laissait la parole aux représentants de divers mouvements sociaux, paysans, indigènes… Des représentants du peuple venus des 5 continents et de près de 150 pays. 3 jours de discussions répartits en 17 tables de travail, comme celle traitant de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire. De ces discussions en seront ressortits « L’accord des Peuples » et 3 propositions centrale, à savoir : La mise en place d’un référendum mondial sur le changement climatique ; la réalisation des « Droits de la Terre Mère » ; La mise ne place d’un tribunal international sur l’environnement.

Cette conférence fut avant tout, pour moi, l’expression d’une culture face à un modèle que l’on tente de leur imposer. L’expression du désir de « Vivre Bien » en rapport équilibré avec son environnement, cela en opposition au « Vivre Mieux » matérialisé des pays dits développés. Chacun interprétera les informations transmises sur le changement climatique, l’important est aujourd’hui d’annoncer un changement dans nos rapports de force. Si, pour beaucoup depuis la France, le pouvoir politique et économique de l’Europe est beaucoup plus important que celui du Sud, n’oublions pas que notre modèle est en grande partie dépendant des richesses que nous exploitons au Sud et qui leurs appartiennent.

 

Malgré l’importance de cet évènement, les couvertures médiatiques auront été trop insuffisantes pour permettre à chacun des citoyens de comprendre les enjeux et les suites de cette conférence. Même en Amérique du Sud, les journaux n’ont pas prit la mesure et l’ampleur de ce rendez-vous international. Certains ce sont même « amusés » à indiquer simplement le manque de poubelles à dispositions sur le site de la conférence et la hausse exubérante du prix des bouteilles d’eau.

Il est possible de pouvoir lire quelques articles sur des sites Internet tel que Basta Mag et quelques blogs personnels. Tous s’accordent aux suites nécessaires et longues de ce processus débuté en avril 2010, mais tous croient en ce pouvoir que détiennent les peuples de cette Terre lorsqu’ils s’organisent, revendiquent et font des propositions. En effet, si la conférence fut, au-delà de la crise climatique, un procès fait, à sa juste valeur, au capitalisme économique, il ne faut pas oublier l’ensemble des propositions concrètes qui en ressortent. Si le travail réalisé à présent par Evo Morales, président de l’Etat Pluriculturel de Bolivie, afin de porter les propositions de cette Conférence auprès de l’ONU et du prochain sommet de Cancun au Mexique, porte leur fruit, il ne faudrait pas être étonnée de voir ce projet dénigré subtilement afin de limiter l’impact possible sur l’économie libéral dirigée et servant le plus petit nombre. Des propositions qui ne plairont peut-être pas au plus grand nombre de mes concitoyens, remettant en cause une partie de leur modèle sociétal, par conséquent de leur conportement.

 

 

Prenons les Hommes pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont

 

Cette phrase, tirée de « L’accord des Peuples » (Conférence Mondial sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère) est, je pense, ce que m’auront transmit ces Paysannes et Paysans rencontrés au cours de ce voyage.

Elle résume très certainement ce que souhaitent exprimer ces peuples, ces familles, qui n’aspirent pas à entrer dans un modèle sociétal qu’on leur somme d’adopter mais qui ne fut jamais le leur. Suivez-nous ou disparaissez ? La propagande publicitaire ainsi que « l’évangelisation » de la pensée et du comportement européen ou nord-américain réussissent pourtant à convertir une grande majorité des jeunes. Des mouvements s’organisent et dénoncent à haute voix ce qui perdurent depuis des siècles. Leurs demandes sont simples, pourtant. Le droit à la reconnaissance culturelle en tant qu’indigène (Le Chili n’a pas encore signé l’accort 169 de l’OIT et les autres pays appliquent timidement des mesures dans le cadre de cet accord) le respect et la liberté de leur croyance, la non exploitation de leur territoire originaire et la non contamination de leur ressource naturelle. Cependant ces revendications ne s’accordent pas aux besoins des citoyens du nord et du libéralisme à tout prix.

Des populations jugées et cataloguées de « pauvre » pour ces mêmes pays du nord. La pauvreté et la richesse n’ont d’existence et de niveau que sur l’échelle érigée par le capitalisme et le libéralisme. Juger er classifier par ce que nous avons et non ce que nous sommes. Qu’en seraient-ils si les modes de mesure se basaient sur les connaissances, l’observation et le respect de notre environnement. Qui pourrait-on qualifier de riche ou de pauvre ?

 

Comme le disait un ami écocycliste, je ne suis pas contre le capitalisme, peut-être pas contre le libéralisme, mais tout ce qui peut porter préjudices à l’autres, encore plus lorsqu’ils nourrissent l’individualisme et l’égocentrisme de quelqu’uns. Accepter et respecter les autres pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils ont ou n’ont pas. Une notion difficile pour le « superficialisme » de notre sociéte.

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Publié dans Carnet de voyage

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